Les forces armées françaises mènent un exercice militaire majeur de trois mois appelé Orion 26
par John Irish
La France envisage 36 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour la défense d'ici 2030, dans le cadre de la mise à jour de sa loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, qui prévoit le renforcement de l'arsenal nucléaire et des stocks de missiles et de drones.
Cette augmentation marque une accélération par rapport à la hausse annuelle de 3 milliards d'euros des dépenses militaires déjà actée, reflet de pressions sécuritaires croissantes liées aux guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
Elle prend aussi en compte l'incertitude grandissante quant aux engagements des États-Unis envers l'Otan sous la présidence de Donald Trump, ce dernier ayant menacé de quitter l'Alliance au début du mois.
La loi actualisée pour la période 2024-2030 porterait les dépenses de défense à 2,5% du PIB d'ici la fin de la décennie, contre environ 2% actuellement.
Le budget serait porté à 76,3 milliards d'euros en 2030, soit près du double de son niveau de 2017.
L'Otan, notamment sous la pression de Donald Trump, a relevé l'an dernier à 5% l'objectif de la part des dépenses de défense dans le produit intérieur brut (PIB) national des pays membres d'ici 2035, contre 2% actuellement.
"L'évolution profonde et brutale des équilibres internationaux nous commande aujourd'hui d'aller plus vite et plus fort", déclare la ministre de la Défense Catherine Vautrin, dans un texte accompagnant le projet de loi qui sera présenté au Parlement.
"La France a pris acte du basculement du monde vers une conflictualité durable et multiforme", ajoute-t-elle, répétant des propos tenus fin mars lors de son discours de clôture du Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie.
RENFORCEMENT DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE
L'un des éléments clés de la mise à jour de la LPM est le renforcement de la dissuasion nucléaire française, souhaité par Emmanuel Macron lors d'un discours tenu début mars, au cours duquel le chef de l'Etat avait annoncé l'augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises.
Le président de la République avait alors également évoqué le concept de dissuasion "avancée" prenant en compte les intérêts des alliés européens de la France, sans déléguer la "décision ultime" de recourir à l'arme atomique.
Selon la LPM actualisée, que le gouvernement espère voir votée d'ici le 13 juillet, le gouvernement augmentera le nombre d'ogives nucléaires de son arsenal tout en maintenant les dépenses nucléaires à environ 13% du budget global de la défense, y compris la modernisation des composantes maritimes et aériennes.
La France consacre environ 5,6 milliards d'euros par an à l'entretien de son stock de 290 armes, qui peuvent être lancées depuis des sous-marins ou des avions, ce qui en fait le quatrième plus grand arsenal nucléaire au monde.
Le nombre d'ogives s'établissait à un peu plus de 300 avant 2008, date à laquelle Nicolas Sarkozy a décidé d'en réduire le nombre au format actuel.
MUNITIONS ET MISSILES
Avec une guerre en Ukraine qui a mis en évidence les lacunes des partenaires américains de l'Otan en matière de capacités et un conflit au Moyen-Orient qui exacerbe ces pénuries, le projet de loi prévoit une forte augmentation des investissements dans les capacités militaires conventionnelles.
Une enveloppe supplémentaire de 8,5 milliards d'euros sera consacrée aux munitions afin de reconstituer les stocks d'obus d'artillerie, de missiles de défense aérienne et de missiles à longue portée.
"Des études sont lancées dès 2026 afin de disposer d'une capacité de missile balistique conventionnel d'une portée classe 2.500 km à l'horizon 2035", lit-on dans le projet de loi.
"En parallèle, nos armements actuels (missiles de croisière ainsi que bombes guidées et propulsées) seront diversifiés et améliorés en vitesse et manœuvrabilité pour percer les défenses les plus évoluées."
DÉFENSE AÉRIENNE ET ANTIMISSILES
La défense aérienne et antimissile sera également une priorité, avec un financement supplémentaire de 1,6 milliard d'euros destiné à accélérer la livraison des systèmes SAMP/T NG, fabriqués avec l'Italie, et à renforcer les capacités de lutte contre les drones sur terre, en mer et autour des infrastructures critiques.
"Les capacités de défense surface-air seront accélérées et améliorées par des livraisons de systèmes de canons antiaériens supplémentaires pour protéger les unités comme les bases aériennes", lit-on dans le projet de loi.
Avec la guerre des drones et des robots qui est désormais considérée comme structurelle, le financement de ce segment doit augmenter de 2 milliards d'euros sur 2026-2030, soit une hausse de 39% par rapport à la LPM initiale, portant le total à 8,4 milliards sur 2024-2030.
Chaque unité disposera à très court terme de son système de drones et l'acquisition d'une "capacité souveraine" de drones MALE (moyenne altitude, longue endurance) prépare le remplacement des drones Reaper de fabrication américaine d'ici 2035.
Soucieuse de réduire la dépendance de l'Europe vis-à-vis des États-Unis en termes d'équipements militaires, la France prévoit également de développer un système d'alerte précoce souverain capable de détecter les lancements de missiles.
Ce système comprendrait des radars terrestres et un satellite européen de détection infrarouge dont la mise en service est prévue d'ici 2035.
(Version française Benoit Van Overstraeten, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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